Chronique : « Serious Time » de Mungo’s Hi Fi

Et de trois pour le sound system de Glasgow dont le dernier album est sorti lundi 2 juin! Après la claque de Sound System Champions en 2009 et la confirmation de Forward Ever en 2011, quid de ce Serious Time aux featurings tous plus prometteurs les uns que les autres? Embarquez avec « Musical Echoes » pour une croisière dans les eaux écossaises riches en dub et en riddims vingtage recyclés… Serious trip 

Serious Time est disponible dans les bacs depuis le 2 juin.

Serious Time est disponible dans les bacs depuis le 2 juin.

Les Parisiens ont en eu la primeur grâce à quelques sélections de Craig Mc Leod il y a quelques semaines lors du festival Music to rock the Nation à Dauphine. Le dernier album du crew Mungo’s Hi Fi s’annonçait bien lourd, ce qu’on a entendu là-bas ne laissait planer aucun doute. Sorti ce lundi, Serious Time est d’abord bien dense avec presque une heure de son repartie sur deux vinyles et pas moins de quinze featurings avec treize artistes différents au total. L’artwork soigné voire impressionnant rajoute de la solennité au titre de l’album « Serious Time » comme si les Mungo’s voulaient montrer autre chose que leur talent inné pour faire danser les foules…

Pourtant, si les paroles de la première tune chantée par YT sont donc très sérieuses et conscious, le riddim qui les accompagne est à l’inverse tout guilleret : une sorte d’early reggae qu’on dirait débarqué tout droit du mythique Studio One de Kingston! Même chose pour le deuxième titre, très entraînant avec un riddim old school sur lequel se pose Warrior Queen plus habituée à des productions plus froides. Autre femme MC en verve et familière des Mungo’s, Soom T s’éclate sur « 31st Century Song ». Il faut dire que c’est l’un des tout meilleurs riddims early digital existant qui lui est servi. Du pain béni pour la furie de Glasgow!

Changement radical de direction ensuite avec (enfin) un titre axé dub et bass music : « Bike Rider », ode à la bicyclette par Pupajim qui convainc comme d’habitude malgré un refrain un peu répétitif. Les basses obèses (parfois « cuttées ») et les gimmicks et la voix du MC/chanteur de Stand High font donc toujours aussi bon ménage même si le morceau n’est peut-être pas aussi renversant que le « Boat people » de l’album précédent.
Finalement, c’est Mr Williamz qui va mettre tout le monde d’accord avec la première tuerie incontestable de l’album, »Thousand Style ». Flow et riddim semblent lancés dans une course effrénée à un rythme particulièrement soutenu pour un résultat explosif même si c’est encore un recyclage d’un rythme reggae/hip hop un peu daté…

Le Sleng Teng remis au goût du jour pour une leçon de dancehall de Solo Banton! 

Passons vite ensuite sur un « Animal Dance » feat. Speng Bond gentillet qui vaut plus par ces paroles loufoques et drôles que par sa musique primaire pour retrouver encore Soom T sur « Thinking of an Island ». Une chanson posée où la jeune femme délaisse son flow rageur habituel pour un chant poignant soutenu par un riddim bien charnu en basses digitales. L’émotion subsiste ensuite sur le titre « Slavery » porté par la belle voix de Marina P. Ses textes travaillés s’enchaîne sur un riddim génial, mêlant une wobble bass bien fat et une mélodie plus subtile en parallèle pour un morceau très réussi.

L'album sort aussi en double vinyle 180 grammes.

L’album sort aussi en double vinyle 180 grammes.

Grand virage musical à nouveau avec le riddim le plus repompé de l’histoire du reggae music digital. C’est bien le Sleng Teng qui démarre en trombe mais qui a trouvé un sérieux client en la personne de Solo Banton pour le chevaucher. Car lui aussi démarre en trombe sur « Dancehall School » : « Come on children… this is not a playground, this is a class room, we gonna learn about dancehall today! » S’en suit une course frénétique du professeur Banton qui dispense sa leçon de dancehall avec une facilité déconcertante et fait presque oublier ce rythme (beaucoup) trop entendu. A moins qu’il ne soit finalement inusable?

Sur une rythmique peu évidente à mi-chemin entre le dubstep et le dancehall, Charlie P tire aussi son épingle du jeu avec « Nice it up » de bonne facture. Particulièrement en verve, l’Anglais fait admirer son flow dévastateur au débit d’une mitraillette automatique sur les couplets tandis que les refrains sont quand même un peu répétitifs…
La tune suivante, « Gunman Posse » de Peter Metro et Squiddly a tout d’un hit dancehall jamaïcain des années 80 avec riddim minimaliste et duo vocal au top mais on ne voit pas trop ce qu’elle apporte au débat trente ans après…

Le joyau de Cornel Campbell pour conclure

Reprenant un gros riddim à la mode ces derniers temps, le morceau « Overcome » fait mouche également tant par son rythme endiablé que par la grosse voix bien tuff de Blackout JA, énième singjay anglais (de Bristol) sur le point de percer de l’autre côté de la Manche…
Charlie P quant à lui vient de l’Essex et a déjà percé dans le reggae/dub. Il a donc le droit à un second morceau sur l’album. Ce sera »Traveller », agréable mais pas furieux non plus contrairement au flow de Parly B, encore un upcoming artiste anglais qui ravage tout sur « Babylon a come », le titre suivant. La tune cachée en avant dernière position n’est rien d’autre qu’une tuerie qui flirte avec le grime et bénéficie d’un riddim moderne bien massif et martial à souhait!

Quinzième et dernier morceau de ce Serious Time, « Jah say love » nous donne à entendre l’une des plus belles voix du roots from Jamaica, Mister Cornel Campbell himself, légende musicale et actif depuis les années 60. Le vétéran referme l’album de son timbre soyeux avec des paroles de paix et d’amour qui permettent aux Mungo’s de s’illustrer aussi sur du roots (digital). C’est donc une pléiade de styles de reggae entendus sur cet album : du dancehall roots, beaucoup de digital, du dub et un peu de dubstep mais pas trop…

Alternant les titres festifs et dansants et d’autres plus sérieux, Serious Time est un disque abouti qui reflète toute la diversité du reggae moderne et ses possibilités de production. Et s’il permet en plus de découvrir quelques nouveaux chanteurs et MCs de talent aux crocs acérés, on regrette quand même de ne pas entendre plus de riddims novateurs d’avantage tournés vers le dub ou la bass music. Mais le crew écossais est totalement pardonné, la refonte rythmique et le remix sont un art à part entière qui leur permet de s’affranchir des frontières pour créer et recréer de nouvelles directions musicales. Comme si cet album, très respectueux de l’histoire du reggae, n’était en fait qu’un vaste champs d’expérimentation pour écrire la musique de demain. Il est en tout cas sérieusement recommandé!

Musical Echoes.

* Serious Time est sorti en double LP vinyle, CD et numérique lundi 2 juin. Plusieurs 45T et maxis de titres de l’album sortent dans la foulée, toujours chez Scotch Bonnet Records : http://www.scotchbonnet.net/shop/

Tracklisting (version CD)

1-Serious time ft. YT
2-Can’t stand it ft Warrior Queen
3-31st Century song ft Soom T
4-Bike Rider ft Pupajim
5-Thousand style ft Mr Williamz
6-Animal dance ft Speng Bond
7-Thinking of an island ft Soom T
8-Slavery ft Marina P
9-Dancehall school ft Solo Banton
10-Nice it up ft Charlie P
11-Gunman posse ft Peter Metro & Squiddly
12-Overcome ft Blackout JA
13-Traveller ft Charlie P
14-Babylon a come ft Parly
15-Jah say love ft Cornel Campbell

Un extrait de l’album, « Bike rider » feat. Pupajim ici : 

Le site de Mungo’s Hi Fi : http://www.mungoshifi.net/

 

 

 

 

 

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