Kanka : « En sound, il faut laisser les versions dub jusqu’au bout! »

DUB INTERVIEW! Moins de deux mois après la sortie de son dernier album, Watch your step, le dub maker enchaîne les lives pour y déverser des riddims toujours plus chargés en basses et en skanks. Adoubé par Mark Iration et la scène anglaise, Kanka n’entend pas dévier de sa ligne musicale, le stepper style qu’il défend toujours mordicus. Entretien avec Alex (aka Kanka) juste avant le concert à La Maroquinerie de Paris ce soir et la Marseille Dub Station # 26 le lendemain où il partagera l’affiche avec Blackboard Jungle et Weeding Dub. Steppa rules 

Kanka en session!  Photo : Nizecht 2009.

Kanka en session! Crédit photo : Nizecht 2009.

Musical Echoes : Peux-tu nous rappeler tes débuts dans la musique? C’était dans un groupe de reggae, non?

Kanka : Oui, à la fin des années 90, j’étais percussionniste dans le groupe King Riddim à Rouen. Parallèlement, j’ai commencé à m’intéresser tout seul au dub. Dans le groupe, je ne faisais pas de composition et ça me frustrait pas mal donc je suis parti en 2003 pour faire un projet en solo. C’était récréatif mais à cette époque, je n’avais pas du tout le projet d’en vivre et encore moins de faire des lives !

M.E. : Ton premier album, Don’t stop dub, est sorti en 2005 sur le label parisien Hammerbass. Qu’est-ce que ça a changé pour toi?

K. : Ça a changé pas mal de trucs! C’est mon premier album officiel, après une autoprod en 2003. Cette rencontre avec Hammerbass m’a permis d’avoir une production, une distribution et de la communication, ce qui est toujours compliqué à faire soi-même.

M.E. : Comment s’est établi le contact avec ce label?

K. : Hammerbass avait déjà fait la promo de King Riddim. J’étais passé dans leur bureau à l’époque pour leur apporter mon autoprod dub et Jean-Sèb (le fondateur d’Hammerbass) m’a dit : « Ton disque je ne peux pas le sortir comme ça aujourd’hui mais si tu es prêt à faire du live, ton prochain, ça m’intéresse!« . Je me suis alors dit OK, je vais le faire, je me lance, c’est parti!

« Kanka va rester sur le créneau stepper »

M.E. : Tu as sorti depuis quatre autres albums de dub et un disque dubstep. As-tu envie d’explorer d’autres styles de dub, voire d’autres genres musicaux?

K. : Pour Kanka, je vais rester sur le créneau stepper, c’est ce qui me parle le plus. Après musicalement, j’avoue que c’est dur à faire évoluer. Mais c’est vrai que sur le principe, j’aimerais avoir d’autres projets dub, comme par exemple, un mariage avec du hip hop par exemple.  Mais je si je le fais, ce serait sous un autre nom comme quand j’avais sorti Alek 6 (son projet dubstep NDLR) qui a été pas mal décrié. Si je continue à faire du stepper, on me dit, ton style ne change jamais et quand j’essaie autre chose, on me dit que c’est nul parce que ce n’est plus du dub… C’est compliqué!

Kanka, concentré à ses machines. Crédit : Hervé Leteneur.

Kanka, concentré sur ses machines.   Crédit photo : Hervé Leteneur.

M.E. : Du point de vue de la composition musicale, pourquoi est-ce si difficile de faire évoluer le stepper?

K. : Parce que la base doit rester la même : une grosse caisse continue, deux-trois accords, souvent les mêmes et une grosse ligne de basse. Si je fais moins d’accords, ça va donner un truc plus novo dub, plus dark et si j’en fais plus, ça sera plus joyeux comme du reggae mais ça ne sera plus du stepper… Donc j’ai pas spécialement envie de changer ça!

M.E. : Quel est le procédé de tes compositions? Fais-tu tout sur ordinateur ou joues-tu aussi sur de vrais instruments?

K. : Je programme d’abord la batterie, une grosse caisse continue qui donne le groove, ensuite quelques accords et enfin, la basse. Je mise tout sur la ligne de basse que je joue au clavier. Le batterie est aussi programmée mais pour les instruments à vents comme les cuivres ou le mélodica, c’est acoustique comme les percussions d’ailleurs. Je joue moi-même du mélodica mais à un petit niveau…

M.E. : Quels sont les groupes qui t’ont donné envie de faire du stepper?

K. : Iration Steppas clairement dont je suis un grand fan! Avec Mark Iration, on s’entend aussi bien musicalement qu’humainement. Je l’ai rencontré pour la première fois lors d’une soirée dub à Paris en 2007 je crois et il m’a demandé des versions de mon albums Don’t stop dub et ensuite m’a vite invité aux soirées Subdub de Leeds et à Londres. Avec lui, il n’y aucune concurrence, on est sur la même longueur d’onde. Mes titres exclusifs, je les lui donne rien qu’à lui… C’est vraiment son style que je préfère, c’est le plus moderne et novateur.

M.E. : Sur ton dernier album, Watch your step, il y a une grande place accordée aux chanteurs avec quatre morceaux de Echo Ranks, YT et El Fata. Comment les as-tu contactés?

K. : Echo Ranks, ça faisait longtemps que je voulais travailler avec lui, mais il a arrêté la musique pendant deux ou trois ans. Quand il a repris, je lui ai envoyé des morceaux par internet et il a posé dessus dans le studio de Vibronics. YT, c’est pareil, j’avais en tête depuis un moment de bosser avec lui mais comme il a une voix particulière, j’ai mis assez longtemps à trouver le riddim (de « Disconnect yourself ») et ça lui a plu. Enfin, El Fata, je l’avais croisé au Subdub de Leeds. C’était Danman (un MC du crew d’Iration Steppas NDLR) au micro mais El Fata est venu chanter un peu aussi et dès qu’il a pris le micro, je me suis dit : « Whouah, cette putain de voix, il me la faut! ». On a tout fait à distance mais ça s’est très bien passé, on est dans une relation de confiance même si la question du business arrive très vite sur la table.

« Quand tu fais les balances l’après-midi, ça se passe bien mais le soir, la foule couvre le son! »

M.E. : Vendredi, tu joues en concert à La Maroquinerie à Paris et samedi, en mode sound system pour la Dub Station marseillaise, qu’est-ce que ça change pour toi? Quelle configuration préfères-tu?

K. : La configuration en sound me convient mieux. Je suis discret et je n’aime pas trop attirer toute la lumière sur moi sur une scène de concert, c’est ma personnalité… Je ne suis pas MC, je ne prends pas le micro contrairement à Mark Iration…  En sound, on est au sol au même niveau que le public, donc dans l’esprit, je préfère, en plus le son envoie plus! Mais le problème c’est le réglage! Quand tu fais les balances l’après-midi, ça se passe bien mais le soir, la foule couvre le son! Du coup, je demande un petit retour et ça va mieux (rires).
Et puis pour moi, en dub, il ne faut pas trop de voix. C’est un voyage, ça te ramène au côté lunaire de la musique… Les versions dub, il faut les laisser jusqu’au bout pour que les gens puissent faire ce voyage. Le dub, c’est musical avant tout!

En concert et plus rarement en sound (comme ici pour les le Télérama Dub Festival à Marseille), Kanka joue avec son bassiste, Chris. B. Photo : Alex See.

En concert et plus rarement en sound system (comme ici pour les dix ans du Télérama Dub Festival), Kanka joue avec son bassiste, Chris. B. Crédit photo : Alex See.

M.E. : Comment vois-tu l’évolution de la scène dub française depuis que tu as commencé il y a une dizaine d’années?

K. : C’est dur à dire. J’ai l’impression que de plus en plus de groupes galèrent. Il y a eu la première vague avec le dub live d’High Tone ou Zenzile… Moi je suis arrivé avec la vague d’après, plus reggae/dub. Et puis là, c’est vrai qu’il y a un engouement pour les sound systems mais je crois que c’est plus dur pour les groupes live. Ne serait-ce qu’économiquement…

M.E. : C’est-à-dire? Toi, est-ce que tu arrives à vivre de ta musique?

K. : Oui ça va, je suis intermittent et comme je suit tout seul à gérer, je n’ai pas à diviser mon cachet avec dix musiciens… C’est beaucoup de taf cette indépendance mais économiquement c’est viable. Je ne suis pas obligé de partir en tournée tout le temps pour vivre. Car il faut savoir que ce sont les lives qui rémunèrent les artistes. Pas les albums qui servent à relancer les tournées…

« Skrillex, c’est antimusical! »

M.E. : Pour en revenir à l’évolution de la scène dub française, comment peut-elle encore bouger?

K. : Peut-être par le sound system justement qui est un relais! En France, on a un public de décalage. Le dub existe depuis les années 70, les Français n’ont rien inventé!

M.E. : Si le dub joué live quand même!

K. : Oui mais ce sont des musiques de mélange, de métissage. Je trouve que les Anglais sont beaucoup plus pointus et précurseurs dans toutes les musiques : dub, reggae, dubstep… Le mot dub maintenant regroupe le live et le sound system et on met tout dans le même sac alors que le milieu sound system n’a rien à voir. Le dub est devenue une case fourre-tout…

M.E. : Tu parlais de dubstep, tu as toi-même sorti un projet strictement dubstep en 2010, comment perçois-tu cette musique en 2014?

K. : Le dubstep, sur  le principe, c’est intéressant. Mais j’ai l’impression que c’est parti dans tous les sens et surtout que ça a été mal récupéré. C’est devenu une mode et ça saoule sur la longueur. Après je vois ça avec mes petites oeillères dub, malgré mon album, je n’ai jamais trop creusé le truc. J’aimais bien les premiers sons anglais mais je trouve que ça a mal évolué. Skrillex, je ne peux vraiment pas, c’est antimusical!

Recueilli par Musical Echoes.

* Kanka, en concert ce vendredi 11 avril à 20h30, à La Maroquinerie, 23 rue Boyer, Paris 20e. 17,80 € en préventes. Première partie : Radikal Guru (reggae/dub stepper/électro, Pologne). 

*Kanka, en sound system ce samedi 12 avril pour la Marseille Dub Station # 26 avec Weeding Dub et Blackboard Jungle (+sono). 23h-05h au Dock des Suds, 12 rue Urbain V, Marseille 2e. 17,80 € en préventes. 

POUR ALLER PLUS LOIN : 

(Re)lisez la chronique « Musical Echoes » du dernier album de Kanka ici : https://musicalechoes.wordpress.com/2014/02/25/chronique-watch-your-step-de-kanka/

Regardez le clip de « Stepper Style » feat. Echo Ranks (extrait de l’album Watch your step) ici : https://www.youtube.com/watch?v=PGcEdvepeso#t=20

Regardez un extrait live d’Iration Steppas en sound system (Télérama Dub Festival #10 à Paris), jouant la dubplate « Mot » (1994!) ici :https://www.youtube.com/watch?v=rWWPC8qYBbI

 

 

 

 

 

 

 

2 réflexions sur “Kanka : « En sound, il faut laisser les versions dub jusqu’au bout! »

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