Clinton Fearon partage sa bonté au Café de la Danse!

C’était hier soir, c’était complet et c’était chaud! Trois jours à peine après la sortie de son dernier album, Goodnesssur le label Chapter Two, l’ex bassiste des Gladiators montait sur la petite scène parisienne accompagné de son Boogie Brown Band pour un concert mémorable de plus de deux heures. On y était, on vous raconte! 

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Clinton Fearon et le Boogie Brown Band jouent ensemble depuis le début des années 90 et leur rencontre à Seattle (Etats-Unis). Photo : Musical Echoes.

La file d’attente qui s’étirait jusqu’au bout du passage Louis-Philippe (11e) ne laissait planer aucun doute : il se tramait quelque chose hier soir au Café de la Danse qui affichait sold out. Dans la foule, bien plus de trentenaires, quadras et plus que de petits jeunots. C’est que l’hôte du soir n’est pas né de la dernière pluie. En janvier 1951 à Saint-Andrew (Jamaïque) pour être précis. Et c’est en soixantenaire fringuant que Clinton Fearon fait son entrée sur scène dès 20h30 accompagné du band qu’il a formé en 1994 à Seattle d’où il gère une fructueuse carrière en solo.

cache_2800733Pantalon blanc léger, marcel orange de base et bérét sur un sourire jusqu’aux oreilles, c’est en toute simplicité qu’il lance son show par « Another day », une chanson de 1999 extraite de son troisième album solo, What a System. Le son claque d’entrée et les notes s’étirent déjà en extented dub. « One Destiny », poignant plaidoyer engagé est du même acabit et du même album. Elle donne à entendre des lyrics d’actualité en cette période électorale : « We noh want no political struggle »

La salle bondée applaudit déjà à tout rompre et hurle son bonheur. Et il faut attendre le troisième morceau pour entendre un extrait du nouvel album, sorti ce lundi. C’est « Goodness » introduit par ces gimmicks si chers à Clinton. Une chanson pleine de positivité tant dans ses paroles que dans son rythme chaloupé. Autre brain new tunes, « Jamdow Boogie » est un hommage à la musique jamaïcaine des origines tandis que « We no know it » est un peu plombée par une longue intro bien mielleuse aux arrangements un peu kitsch. Derrière, « Come by nah » (« thats means come here, come close » précise Clinton, soucieux que son patois anglo-jamaicain soit intelligible) met tout le  monde d’accord avec un rythme ska bien sautillant. Clinton assure à la guitare, ses accords sont précis et le batteur (David Carpenter, monstrueux), tient parfaitement la cadence.

Evidemment, la majorité du public découvre ces titres sortis il y a trois jours mais l’accueil est plus que chaleureux. Difficile de résister à la joie communicative de Clinton Fearon et au groove de sa musique, plus tout à fait roots au premier sens du terme mais terriblement entraînante. Dans un autre genre, les terribles « Me deh yah » et surtout « Working for the man », sortis par Makafresh en 2010 claquent encore davantage musicalement. Ce dernier titre est même une tuerie absolue avec son riddim entêtant, ses choeurs à pleurer et ses échos bien sentis et se rapproche davantage du roots brut et sauvage des 70’s. « Pilot Johnson » (extrait de son premier album solo, Disturb the Devil)  et surtout la tune suivante vont achever de faire chavirer le public.

« We dead without love »

Introduit par un petit speech classique mais qui passe toujours bien dans un concert de reggae (« We dead without love, I believe in Mankind…« ), « Blame Game » fait son petit effet et électrise la foule. Premier single de Goodness, elle passe en boucle depuis plusieurs semaines sur radio Nova. Si ses accords de guitare sont particulièrement léchés, sa basse ronde à souhait, ce sont les paroles qui priment ici : « Don’t get stuck in a rut, playing the blame game, that dirty old game…« . Appelant son prochain à arrêter de désigner les responsables à tout va, le chanteur fait ici l’étalage de toute sa force de persuasion et d’écriture.

Clinton Fearon, chanteuret guitariste, rayonnant et concentré.  Photo : Musical Echoes.

Clinton Fearon, chanteur guitariste concentré. Photo : M.E.

La fracassante intro a capella « échoisée » de « Feel the spirit » en remet une deuxième couche niveau lyrics persuasifs et c’est en dub bien irie que s’achève cette belle chanson de 2004. Prouesses vocales encore sur « Love light » et surtout sur « On the other side », magnifique track de son avant dernier opus, Heart and Soul, sur lequel Clinton prend le temps de présenter tous les musiciens du Boogie Brown Band, laissant à chacun un passage en solo. L’émotion est à sa comble mais va encore monter d’un cran avec « Richman poorman » et ses accords subtils de guitare tandis que la basse calée derrière, essaie de nous hypnotiser. Les complaintes de l’artiste sont superbes et rappellent parfois celles des choeurs des Gladiators, quarante ans en arrière.

« Un cliché dans le reggae, pas chez lui »

Et c’est avec gourmandise que celui qui a quitté ce groupe légendaire dès 1987, se retourne ensuite vers son band et lui crie « Chatty Mouth », leur indiquant ainsi le morceau à jouer. Quel plasir, quelle émotion d’entendre alors cette chanson mythique! Celle-là, tout le monde la connaît par coeur et la chante de concert avec celui qui l’a écrite en 1976 pour les Gladiators. C’est bien l’un des principaux hymnes du reggae music qui clôture ce concert bouillant. Clinton Fearon rayonne comme un soleil et distribue sa joie et son énergie à un public qui en redemande et sera resservi en rappel avec « Galang » et « Show we some love ». De l’amour, Clinton en aura donné et reçu un paquet tout au long de ces deux heures de concert. C’est un cliché dans le reggae mais chez lui c’est juste une réalité. Son sourire comme sa musique transpirent l’authenticité et le partage.

La tune « Let Jah be praised » réclamée avec acharnement par quelques fans ne sera pas jouée, pas plus que « The Hunter » ou « Poor Nana » qui figurent pourtant les meilleures de son nouveau Goodness dont on aura un aperçu finalement assez réduit. Mais on peut difficilement faire la fine bouche devant cet investissement total et ce plaisir non feint. Bien sûr, le son a perdu un peu de son côté brut, rocailleux et radical du roots des 70’s mais la conviction et le professionnalisme avec lesquels ce reggae est toujours joué et chanté le rapproche incontestablement de l’âge d’or dont Clinton est l’un des plus dignes représentants. Loin de se reposer sur les lauriers et se contenter de reprendre des standards, ce dernier propose encore et toujours de nouvelles compositions qui arrivent même souvent à faire souffler à un petit vent de fraîcheur sur le genre. Un véritable tour de force en matière de roots music !

Musical Echoes.

* Pour les Franciliens qui voudraient (re)voir Clinton Fearon en concert, deux dates sont encore prévues pour le « Goodness Tour ». Demain (vendredi 28 mars) à La Clef de Saint-Germain-en-Laye (78) et vendredi 4 avril, à l’espace Le Cap d’Aulnay-sous-Bois (93). 

* Ecoutez une interview (en anglais) de Clinton Fearon réalisée par le blog Killers without Fillers ici : http://killerswithoutfillers.wordpress.com/2014/03/26/5-minutes-avec-clinton-fearon/

* Un article sur les meilleurs morceaux (selon nous) des Gladiators dont Clinton Fearon a été membre imminent jusqu’en 1987 ici : https://musicalechoes.wordpress.com/2014/02/20/les-gladiators-en-concert-samedi-au-new-morning-notre-top-5-tunes/

 

 

 

 

Une réflexion sur “Clinton Fearon partage sa bonté au Café de la Danse!

  1. Pingback: 5 minutes avec Clinton Fearon | killers without fillers

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