Chronique: « Blackboard Jungle Showcases » (Vol.1 & 2)

Blackboard Jungle, c’est bien sûr l’un des sound systems français les plus actifs ces dernières années. C’est aussi un label dont les productions artisanales sont toujours soignées. Ces deux derniers LPs showcase sortis lundi 10 mars ne dérogent pas à la règle. A la manoeuvre, le groupe The Rockers Disciples pour les compositions et les Reality Souljahs (pour le vol.1) et Roberto Sanchez (vol.2) au micro. Deux nouvelles galettes enregistrées à l’Uptown Studio des « Rockdis » à Rouen décryptées en détails par « Musical Echoes » dans une double chronique. Rockers rules 

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Blackboard Jungle Showcase vol.1 : Reality Souljahs meets the Rockers Disciples. 

L’imagerie du Far West et l’ambiance western ne se limitent pas à l’artwork coloré puisque l’album s’ouvre avec les notes de flûte les plus célèbres de l’histoire du cinéma : celles du thème du film  The good, the bad and the ugly de Sergio Leone. Un film qui prête aussi son nom au premier titre d’un album qui en compte dix. Passée cette introduction de présentation faite par Reality Souljahs (« Greetings ladies and gentlemen. Uptown Studio presents to you the new musical injection… »), le riddim démarre en fanfare, souverain, imparable. Classique et propre. On a l’habitude avec les Rockers Disciples, ce groupe de musiciens originaire de Rouen et souvent présent sur les productions de Blackboard. Au micro, les deux Londoniens El Indio et Pablo I reprennent le thème western du film et le mêlent à l’histoire de l’esclavage aux Etats-Unis avec des paroles percutantes. Leurs voix, sans être les plus originales du moment, se complètent bien, alternant passages chantés et toastés. Derrière, le « Western Dub » étire le thème et souligne l’importance de chaque instrument joué live ici : basse, batterie, guitare, cuivres et une flûte du plus bel effet…
« Regardless » bénéficie d’un riddim tout aussi mélodieux mais d’un refrain peut-être un poil trop répétitif et d’un chant parfois trop poussé (« Trodin oooooon »…). Mais un passage plus toasté au milieu l’emmène dans une direction aussi inattendue que bienvenue. Sur le dub, l’intro au piano fait sensation et laisse place au couple basse/batterie qui se prolonge dans des échos biens sentis.
Cinquième et dernier morceau de la face A et celui-ci sans version, « Jah Glory » convainc dès les premières notes. Notamment grâce à un riddim reggae chaloupé et particulièrement souple sur lequel les chanteurs se posent avec aisance. Une ode à Jah positive encore bonifiée par un petit passage deejay de Pablo I en plein milieu du morceau particulièrement réussi.

Une « ballade dub and roots » à pleurer! 

L’autre face se poursuit dans la même veine. Celle d’un reggae instrumental très mélodieux et très (trop?) propre où chaque instrument connaît sa place dans des compositions sans en faire trop comme c’est souvent le cas quand des musiciens français essaient de reproduire (souvent en vain) le roots jamaïcain des 70’s. Ainsi, « Walk alone » est peut-être musicalement le morceau le plus abouti. Guitare et clavier jouent à cache-cache alors que derrière, une ligne de basse bien charnue et ronde à souhait, nous évoque la moiteur des ghettos de Kingston. Blackboard-vol-1-deco
Les arrangements impeccables sont encore plus fluides sur le dub, « Walk in dub » où un mélodica langoureux, une flûte et un orgue Hammond (quel plus!) subliment un morceau déjà bien lourd et l’envoie tutoyer les étoiles. Cette ballade dub and roots aérienne est superbe et certains passages sont même à pleurer!
On se remet des nos émotions avec un « Rentman » qui nous plonge dans une réalité sociale plus sombre : « Rentman please, ease off your pressure, life is hard… » Prenant la mesure des lyrics, le riddim se fait plus dur et martial et se prolonge en dub après un nouveau passage toasté bien tranchant! Là encore, la douceur de la flûte contrebalance à merveille le roulement implacable du couple basse/batterie.

Retour au positives vibes pour les deux derniers morceaux du LP, « Good News »et son dub, avec une tonitruante ouverture :  « Halleluuuuujah! Good news my people, our father from Zion is coming! ». Des paroles cent pour cent rastas et des arrangements bien lourds et roots qui rappellent les  toutes premières compositions des plus vieux groupes anglais de reggae. La version assez épurée et sage est de la même trempe et referme l’album tout en sérénité.

Au final, on ne se lasse pas se cet opus. Mélodieux, bien arrangé, percutant il a surtout une qualité qui manque souvent aux productions de reggae made in France : un son authentique qui « claque » d’autant plus qu’il est épuré. Car tout le génie du reggae roots réside dans la complémentarité des instruments et non leur seule superposition ou addition. Quant aux deux Reality Souljahs, ils affichent eux aussi une belle complémentarité entre un pur chanteur (El Indio) d’un côté et un vocaliste au flow acéré qui tire vers le rap de l’autre (Pablo I). Du lourd donc du début à la fin de ces quarante minutes de reggae music entièrement composées « en famille », comme nous le disait MC Oliva il y a peu dans une interview.

Blackboard Jungle Showcase vol.2 : Roberto Sanchez & The Rockers Disciples.

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On prend les mêmes et on recommence pour cette deuxième production showcase signée Blackboard jungle, également sortie dans les bacs lundi. Ce sont donc toujours les Rockdis qui assurent la partie instrumentale mais le micro change de main et passe à l’espagnol Roberto Sanchez. Un artiste qui ne vous est pas inconnu si vous vous intéressez à la scène reggae/dub et sound system au-delà de l’Hexagone. Musicien, producteur (son album showcase d’Earl Zero sorti en 2010 est un bijou…), ingénieur du son (il a même participé aux prémixs de l’album), l’homme a de multiples talents mais c’est encore un autre qu’il développe cette fois-ci : le chant.

Et dans un tout autre genre que celui des Reality Souljahs, le bonhome ne s’en tire pas mal du tout. Sa voix porte certes moins mais elle est aussi plus sensible et plus souple. Illustration parfaite avec le « New Day » d’ouverture où l’artiste se permet quelques gimmicks d’entrée sans doute inspirés par Johnny Clarke : « Ouh ouh ouuuh yeaaah he yeaaah!« . Il déroule par la suite, un chant poignant qui annonce « a brain new day » pour bientôt.  Des paroles soutenues par une rythmique martelante adoucie par un mélodica particulièrement inspiré. Le dub plutôt classique vaut surtout pour ses percussions et les doux passages au mélodica là encore.

Sans version dub derrière, Rising light au tempo plutôt calme se perd un peu dans des paroles contemplatives avant de se terminer par deux minutes cent pour cent instrumentales et dubwise! Le tout manque un peu de punch contrairement aux morceaux suivants, « Some More » et « Politricks Dub » plus mordants, notamment grâce à une belle section cuivre (trompettes, trombones et deux sortes de saxophone sont joués sur l’album) et des cassures rythmiques inattendues et assez inhabituelles chez les Rockers Disciples.
Dernier track de la face A, « Problems » n’est peut-être pas du même acabit que la magnifique chanson éponyme d’Horace Andy mais elle demeure une très bonne tune. Son riddim bien lourd retiendra l’attention des oreilles les plus exercées puisqu’on l’a déjà entendu sur des prods BBJ (lesquelles déjà?). D’un chant tout en émotion, Roberto Sanchez appelle à rester fort et à garder la foi dans l’adversité. Quant au « Problems Dub », il se cache en dernière position de la face B. Introduit magnifiquement au mélodica, une basse monstrueuse et des échos savamment dosés sur la batterie et la guitare l’emmène très haut. Irie Dub !

La tune « Fire » est une bonne claque! 

Blackboard-vol-2-decoEn début de face B, « Tell it to the Children » surprend par de jolis choeurs en soutien de la voix de Roberto avant de se muer en dub pour un morceau Rockers Style caractéristique. Derrière sur « Act true », le chant langoureux  de Sanchez a un peu de mal à décoller pour un rendu vocal et rythmique un peu plat. Son dub (« Dub Action ») est bien travaillé mais assez classique dans son genre.
Et alors qu’on commençait à un peu ronronner, survient « Fire ». On connaît quelques hits tunes qui portent le même nom dans le reggae mais là c’est une claque! Dès les premières secondes, le tempo soudainement accéléré nous entraîne dans une danse endiablée. « Fiiiiire, we bun dem away », chante l’Espagnol dont la verve est soulignée par des cuivres vengeurs et percutants. Particulièrement à l’aise Roberto Sanchez se permet même de reprendre un autre gimmick de Johnny Clarke mais on vous laisse deviner lequel. Voilà qui devrait en tout cas retourner les dances tout prochainement! C’est incontestablement la grosse tune de l’album et son riddim tonitruant en fait également un dub massif (« Fire in dub ») lorsque les pistes sont séparées, décortiquées et retravaillées inna dub style par Rootikal 45 (MC Oliva).
A deux exceptions près (sans dub), ces douze titres donnent un vrai album de showcase où les dubs ne sont pas là pour faire le nombre mais constituent des morceaux à part entière. Ils sont d’ailleurs parfois même meilleurs que les chansons. N’est-ce pas l’essence du sound system reggae des origines? Comme jouer la face A d’un 45T killer, le retourner et avoir un autre killer, dub cette fois, en face B grâce à un mix précis et efficace qui permet de prolonger la danse…

Bref, cet album est aussi une belle réussite. Niveau vocal, on perd un peu en puissance et en percussion par rapport au volume 1 mais on gagne en émotion et parfois en subtilité. Tous les titres ne sont pas des hits en puissance mais Roberto Sanchez signe quelques perles et gagne aisément ses galons de chanteur. Reste à l’entendre en concert ou à nouveau en sound system. Backé par les Rockdis ou sur la sono de Blackboard par exemple. Ou plutôt évidemment. Une affaire de famille, on vous dit. De A à Z!

Musical Echoes.

Le teaser de l’album vol.1 ici : 

Le teaser de l’album vol.2 ici: 

Tracklisting vol.1 : 

Side A : 1-The good, the bad & the ugly
2-Western dub
3-Regardless
4-Give Jah the glory

Side B : 1-Nerver walk alone
2-Never dub alone
3-Rentman
4-Good news
5-Good news in dub.

Traclisting vol.2 : 

Side A : 1-New day
2-New dub
3-Rising light
4-Some more (Politricks)
5-Politricks dub
6-Problems

Side B : 1-Tell the children
2-Act true
3-Dub action
4-Fire
5-Fire in dub
6-Problems dub.

Plus d’infos ici : http://www.blackboardjungle.fr/

(Re)lisez l’interview accordée le mois dernier par MC Oliva (BBJ) ici : https://musicalechoes.wordpress.com/2014/02/07/mc-oliva-blackboard-jungle-notre-premiere-grosse-session-cetait-a-paris-avec-jah-shaka/

Une réflexion sur “Chronique: « Blackboard Jungle Showcases » (Vol.1 & 2)

  1. Pingback: Brain Damage-Vibronics, Jah Shaka-BBJ et Barrington Levy au copieux menu du week-end! | Musical echoes

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