Télérama Dub Festival #11 à Paris : quelques ratés, beaucoup de succès!

Deux soirs, des dizaines d’artistes, plus de 4000 personnes et des ribambelles de basses fréquences déversées des heures durant. Le Centquatre a tour à tour écouté, vibré, ovationné mais aussi grondé et ronronné pour le onzième Télérama Dub Festival le week-end dernier. Retour en images, vidéos et diaporama sur cette grande messe annuelle du dub qui célèbre un genre plus que jamais vivant et en mutation perpétuelle.

Le sound system mis en place par Stand High s'est poursuivi all night long...

Le sound system mis en place par Stand High s’est poursuivi all night long…

Vendredi 22 novembre. 

Ackboo signe le live le plus abouti du vendredi soir.

Ackboo signe le live le plus abouti du vendredi soir.

C’est avec regret que nous manquons les deux premiers concerts du vendredi soir : le pionnier Junior Cony feat. Shanti D et le groupe Dub Colussus qui promettait pourtant quelque chose d’inédit. C’est donc le Toulousain Ackboo et ses machines qui lancent véritablement la danse sur les coups de 21h15.  L’assistance n’est pas encore très nombreuse mais vite conquise. Il faut dire que le producteur a les armes pour retourner la salle : des riddims percutants et deux MCs qui gagnent à être connus : l’Anglais Zion I et le Français S Kaya qui affichent une belle complicité et même une complémentarité artistique : 
Il y a un esprit convivial et chaleureux qui se dégage de leur performance. Ackboo est heureux d’être sur scène et ça s’entend. Il passe en revue quelques titres de son album Turn up the amplifier mais aussi des nouveautés et des remixs de ses morceaux, dont celui qui l’a fait connaître, « Bangladesh Dub », en version dubstep. Quant au célèbre « Turn up the Amplifier » (feat. Macky Banton) que les deux MCs reprennent en choeur, il électrise l’ensemble du public qui remue de plus en plus et regrette sans doute que le set d’Ackboo ne soit pas plus long.

Car avec près d’une demi-heure d’interruption, la pression a le temps de retomber. Et ce n’est pas le projet Dubakill qui va la faire remonter. Concentrés et appliqués, les huit musiciens de Danakil travaillent leurs versions avec sérieux mais arrivent rarement à nous toucher. Leur musique est certes mélodieuse et bien construite mais manque cruellement de panache. On a un peu l’impression d’assister à n’importe quel concert de reggae jamaïcain lorsque les musiciens décident d’étirer leurs morceaux en extented dubs, l’improvisation en moins.

Les musiciens de Danakil ont bien appris leurs versions.

Les musiciens de Danakil ont bien appris leurs versions.

Seule la version usée jusqu’à la moelle du terrible « Rockfort Rock » (The Skatalites) parvient à faire un peu groover la foule. Mais très vite, un solo ringard de guitare électrique ou un sample maheureux de la chanson « Non je ne regrette rien » d’Edith Piaf nous ramènent à notre triste réalité : l’ennui. Les tentatives en fin de concert pour « électroiser » leur set vers la drum n’ bass puis vers le dubstep boostent un peu le public mais l’on sent bien qu’on se force des deux côtés.

Pas grave, Iration Steppas suit derrière et va (re)mettre le feu! Problème, les trois Anglais et le chanteur Tena Stelin ne débutent leur live qu’à 00h15. Freinés visiblement par des problèmes sonores que Mark Iration essaiera de régler en live and direct avec plus ou moins de succès. Le son redevient correct au bout d’un bon quart d’heure mais il en reste alors qu’un petit au quatuor pour nous régaler de leurs tueries stepper industriel made in Leeds : « Locks », « Dub Arena » ou encore « Jah Spirit »…

Dennis Rootical à la basse pour Iration Steppas.

Dennis Rootical à la basse pour Iration Steppas.

Dans la confusion et sous quelques quolibets les Anglais quittent la scène désolés et penauds au bout d’une demi-heure sans qu’on ne sache vraiment quelle est leur part de responsabilité dans cet incident… Un live avorté d’autant plus frustrant qu’on connaît le potentiel dévastateur de cette formation. Demain sera un autre jour. Une autre nuit surtout, assurément plus longue! 

Samedi 23 novembre.

Cette fois, nous arrivons plus tôt. Suffisamment pour voir que le Gentleman’s Dub Club a conquis la Nef. Et que Gilles Peterson, programmé ensuite, est un DJ hors pair. Dans une sélection audacieuse cent pour cent vinyles, le franco-suisse déroule un set dansant de musiques soul, latines, caribéennes et électroniques conclu par un grand classique reggae. De quoi satisfaire un public venu beaucoup plus nombreux que la veille.

Super set du DJ Gilles Peterson avec ses sélections d'une belle variété!

Super set de Gilles Peterson avec ses sélections variées!

Toujours sur la grande scène, c’est un trio de « papys » qui prend la suite avec les deux DJs The ORB et le petit Lee « Scratch » Perry qui,  à 77 ans, n’a rien perdu de sa folie excentrique et communicative. Affublé d’un costume de cuir rouge et de ses breloques habituelles,  the Upsetter a semble-t-il pris un malin plaisir à déclamer des textes en partie salaces sur les beats électroniques presque house pour un rendu assez incongru mais réjouissant. Scratch n’a plus toute sa tête et ne sait toujours pas chanter mais le voir communier de la sorte et participer à ce genre d’expérience en dit long sur l’ouverture d’esprit du bonhomme et la créativité artistique qui fut la sienne!

Lee Perry ne chante pas mais il communie!

Lee Perry ne chante pas mais il communie!

Tranchant avec légèreté du concert précédent et tranchant tout court, Brain Damage et Vibronics ne sont pas venus pour rigoler mais pour porter l’assaut! Armés de leurs machines de guerre et aidés de Parvez et Madu Messenger en pleine forme, les deux dub maker installent un climat tendu et menaçant des plus guerrier. C’est l’objet de leur dernier album commun, Empire Soldiers, qu’ils déroulent et magnifient grâce aux talents d’arrangeurs et de remixeurs qu’on leur connaît. Ainsi, quand les remixs des morceaux de Brain Damage par Steve Vibronics sont eux-mêmes remixés en live par Brain Damage, c’est un point de non retour qui est atteint! Une sorte d’apothéose musicale. Peut-on aller plus loin que cette musique là? Que ce stepper tout à la fois tapageur, répétitif à souhait mais construit avec méthode et une précision d’orfèvre? La création du festival reste surtout la claque la plus monumentale assénée à une scène dub qui ronronne parfois entre dubstep prévisible trop facile et reggae instrumental éculé.

Un coup fatal qui arrive presque trop tôt (00h30) et qui siffle la fin des concerts et le début des sound  systems qui avaient commencé une demi heure plus tôt dans deux salles voisines dont l’une au niveau inférieur. D’où une dispersion désordonnée et trop rapide qui ralentit sinon bloque les accès aux sounds déjà bien entamés. On ne voit donc que quelques minutes de la rencontre prometteuse entre Adrian Sherwood et Pinch. Suffisamment pour regretter de ne pas en avoir vu plus…

De l’autre côté, la chanteuse Marina P, « backée » par Dub 4 chauffe un « Stand High Hall » magistralement décoré par une scénographie de dessins de Kazy et déjà bondé. Sympa mais pas essentiel, on repasse dans le « Dub Club » également plein et  surchauffé pour écouter le set de Panda Dub. Il faut jouer des coudes pour voir le jeune lyonnais enflammer le dancefloor avec un électro dub ethnique qu’une bonne partie du public semble déjà connaître. Les rythmiques sont puissantes, efficaces, la salle est vite retournée surtout quand le panda joue les morceaux extraits de son dernier album Psychotic Symphony. Comme pour Ackboo, le festival a joué son rôle de défricheur de jeunes talents en l’invitant cette année.

Panda Dub à l'aise aux machine, retourne vite de Dub Club!

Panda Dub à l’aise aux machines, retourne vite le Dub Club!

« Sound system is a laboratory »
Les deux salles remplies au maximum et en même temps, une question s’impose : où mettrait-on les gens qui fument dehors ou qui traînent encore sur l’allée centrale où est diffusé le documentaire Dub Stories dans l’indifférence générale? D’autant que les organisateurs avaient choisi, dans un premier temps, de ne pas ouvrir les portes latérales, congestionnant  les accès aux deux salles. Bref, il y a quelque chose à revoir du côté de l’organisation qui a su néanmoins s’adapter en cours de route…  Ajoutez à cela l’interdiction imprévue de vendre de l’alcool (si tant est que la Kronenbourg puisse rentrer dans cette catégorie) et c’en était trop pour certains festivaliers excédés qui râlaient à tout va. C’était oublier la raison de leur présence entre ces murs : écouter du son, pourtant bon des deux côtés. Très bon même!

Les trois "dubadub musketeers" à l'oeuvre.

Les trois « dubadub musketeers » à l’oeuvre.

Du côté de la famille Stand High, le crew Vibronics, s’invite et reste un moment en observateur avisé. Il est 2 heures du matin et les « trois mousquetaires » ont maintenant pris le relais. Leurs sélections toujours plus affûtées sont presque toutes indédites. « Sound system is a laboratory, we test it », fanfaronne Pupajim que certains (et surtout certaines) désespèrent de ne pas apercevoir, bien planqué derrière la foule.  Stand High fait du Stand High : un dubadub frénétique, toujours plus digital et dansant. Les remixs s’enchaînent aussi. Celui de « Rub a Dub Anthem », le énième, est une tuerie hypnothique! Les scoops bleus métalliques des Bretons  saturent parfois mais envoient des décibels. Un peu trop.  Qu’importe, l’ambiance est là, familiale, conviviale. Shanti D est revenu et chevauche lui aussi quelques riddims à l’invitation de Macky Banton, remonté comme une pile électrique, casquette bien vissée sur la tête et flow énervé. Sa grosse voix rauque se marie à merveille avec celle plus haute de Pupajim qui enchaîne les gimmicks dont lui seul a le secret.

S’en suit une sorte de fuite en avant. Une danse endiablée, enfiévrée qui dure presque jusqu’au petit matin. Les mouvements se font de plus en amples et libres à mesure que le sélecteur casse la baraque et les conventions avec des sons toujours plus hybrides. On rugit de plaisir, on transpire,  les corps sont rincés mais libérés. La pression lâche et les barrières tombent… Seule la dance compte désormais et tout le monde peut finalement y entrer et en sortir quand bon lui semble, loin des tensions du début de la nuit.

Pupajim pon the mic!

Pupajim pon the mic!

Un sentiment de liberté envahit l’espace et se propage. C’est l’essence même du sound system qui clôture en beauté le festival. Ce dernier reste à l’image de sa musique, le dub, parfois expérimental et bordélique mais tellement vivant, foisonnant et en permanente (r)évolution!

Textes, photos et vidéos : Musical Echoes (M.E. et E.V.) 

Galerie photos : 

Diaporama Brain Damage meets Vibronics ici :

Le public est déjà bouillant lors du live d'Ackboo!

Le public est déjà bouillant lors du live d’Ackboo!

Ackboo ne cache pas son plaisir d'être sur scène!

Ackboo ne cache pas son plaisir d’être sur scène!

Zion I et S Kaya en combinaison, ça fonctionne!

Zion I et S Kaya en combinaison, ça fonctionne!

Danakil s'est transormé en Dubakill pour l'occasion!

Danakil s’est transormé en Dubakill pour l’occasion!

Tena Stelin accompagnait  Iration Steppas au micro.

Tena Stelin accompagnait Iration Steppas au micro.

Iration Steppas a dû écourter son concert. Dommage...

Iration Steppas a dû écourter son concert. Dommage…

Samedi soir, Gilles Peterson était derrière les platines du 104.

Samedi soir, Gilles Peterson était derrière les platines du 104.

A 77 ans, Lee Peery est toujours aussi fou...

A 77 ans, Lee Perry est toujours aussi « allumé »…

Alex Paterson et Thomas Fehlmann de The ORB accompagnaient Scratch avec une électro décomplexée...

Alex Paterson et Thomas Fehlmann de The ORB accompagnaient Scratch avec une électro décomplexée…

Panda Dub a proposé un live machine pour le moins énergique!

Panda Dub a proposé un live machines pour le moins énergique!

Pupajim et l'opérateur Macgyver de Stand High.

Pupajim et l’opérateur
Macgyver de Stand High.

Superbe scénographie pour le Stand High Hall!

Superbe scénographie pour le Stand High Hall!

Une réflexion sur “Télérama Dub Festival #11 à Paris : quelques ratés, beaucoup de succès!

  1. Comment en oublier le son, et se faire massacrer sa soirée.
    La culture du Télérama DUB festival ou l’anti-culture du sound system…Tous les inconvénients, sans les avantages.
    1) Le prix trop élevé versus la gratuité
    2) Aucune mobilité possible et peu d’espaces libres dehors
    3) Quasi aucune liberté sur le tabac, l’alcool…
    4) Peu de toilettes, de points d’eau pour un lieu fermé qui accueille trop de monde et donc la chaleur qui va avec, et sur un temps limité (cf.la grande scène et son arrêt à 00h30)
    5) Et avec pour conséquence, un public hagard et pas Irie…déçu et peu entrainant.
    Une déception à la hauteur de l’attente de cette soirée !

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