Frédéric Péguillan (Télérama Dub Festival) : « Venez avec l’esprit curieux de découverte »

DUB INTERVIEW! Ce week-end, le Télérama Dub Festival reprend ses quartiers au Centquatre pour ses deux dates parisiennes, vendredi 22 et samedi 23 novembre. Initiateur du festival il y a onze ans et directeur artistique, Frédéric Péguillan fait le point sur l’édition en cours après un épisode 2012 qui a réuni 5500 personnes l’an dernier rien qu’à Paris. Le journaliste nous parle également de sa vision de la scène dub actuelle, appelant notamment les « dubbers » français à plus d’audace! 

Présent samedi dernier à Saint-Nazaire, Stand High revient à Paris le 23 novembre. Avec sa propre sono cette fois!

Présent samedi dernier au VIP de Saint-Nazaire, Stand High revient à Paris le 23 novembre. Avec sa propre sono cette fois!

Musical Echoes : Pour commencer pouvez-vous nous rappeler comment le Télérama Dub Festival a commencé en 2003? C’était quoi l’idée au début?

Frédéric Péguillan : J’ai toujours écouté beaucoup de dub depuis les Clash dont le rock était déjà métissé de reggae et de dub. Au tournant des années 90 et 2000, il y a eu une émergence  d’une scène dub française avec les Improvisators Dub, les Zenzile, les Kaly Live Dub, les High Tone… Contrairement à la scène anglaise des années 90, la particularité de cette scène française naissante était de jouer le dub en live. J’ai proposé à Télérama de faire un papier sur le sujet et du coup, j’ai fait un petit tour de France de cette nouvelle scène dont la spontanéité avait un petit côté rock alternatif des années 80. Suite à ça, je me suis dit : « si on faisait avec un festival de dub? ». Les gens du Glazart étaient assez chauds… C’était parti!

M.E. : Justement, comment se sont passées les premières éditions? Quels groupes étaient programmés?

F.P. : En 2003 pour la première édition, il n’y avait que des groupes français dont certains ont disparu depuis comme Dub Action, Löbe Radiant Dub System, General Dub et déjà High Tone et Brain Damage… Dès l’année suivante, on a ouvert aux groupes étrangers comme Dr Israel (USA), Manasseh (G-B), Paul Saint-Hilaire (Allemagne)…

M.E. : Cela représentait quelle affluence à l’époque?

F.P. : Je crois que pour la deuxième édition, on a dû rassembler environ 1000 personnes sur quatre soirs au Glazart. Mais les années suivantes, le festival a pris de l’ampleur. On a vite élargi à d’autres villes de France et à Paris, on a dû migrer au Trabendo puis à l’Elyséee Montmartre

Iration Steppas live, « cerise sur le gâteau » du vendredi

M.E. : Après l’édition anniversaire des 10 ans l’an dernier et tous ces grands noms, est-ce que ça a été un peu plus compliqué de préparer l’édition 11 cette année, notamment en terme de programmation?

F.P. : Non parce qu’il y a toujours des tas de gens à faire venir! Il faut rester à la hauteur de ce qu’on a proposé l’an dernier et je crois qu’on y arrive cette année. Après on a pas non plus la folie des grandeurs, on veut garder une dimension humaine. Je dis souvent que le dub était une niche qui s’est transformée en chenille. Il y a de plus en plus d’adeptes… Mais avant tout, il faut savoir se renouveler!

M.E. : Oui mais rien qu’à Paris, trois groupes reviennent cette année après être déjà passés en 2012 : Stand High, Brain Damage et Iration Steppas. Pourquoi?

F.P. : Oui c’est vrai mais ce n’est pas sans raison. Stand High marche très fort en ce moment et surtout, ils reviennent à Paris avec leur propre système de sonorisation (leur sound-system construit cet hiver NDLR).  Ils vont donc sonoriser toute la soirée sound-system du Centquatre et on leur a donné carte blanche pour établir la programmation.
Brain Damage ne revient pas seul mais avec Vibronics pour leur projet commun « Empire Soldiers », un album sur la participation des soldats coloniaux à la première Guerre Mondiale (voir la chronique Musical Echoes ici : https://musicalechoes.wordpress.com/2013/10/14/chronique-empire-soldiers-de-brain-damage-meets-vibronics/). C’est le côté création du festival qui a toujours existé et qui a donné lieu  à de très belles rencontres par le passé comme la création unique d‘Ez3kiel en 2004, la rencontre Iration Steppas et Improvisators Dub, celle de Kaly Live Dub et d’Erik Truffaz
Enfin, Iration Steppas qui était en configuration sound-system l’an dernier revient cette fois en live pour étoffer la soirée de vendredi, c’est un peu la cerise sur le gâteau!

« Pas dans une chapelle d’intégristes »

M.E. : Le choix de programmer Danakil (groupe de reggae français) en tête d’affiche de la soirée de vendredi peut laisser certains fans de dub sceptiques… Pourquoi sont-ils invités? Pour faire venir un public plus jeune?

F.P. : Déjà ils ont fait un  album entier de versions dub de leur album produit par Manjul à Bamako (Echos du Temps). Mais surtout pour le concert de vendredi, Danakil proposera une création unique : Dubakill. Un projet spécial qu’ils préparent depuis deux mois en résidence pour une seule date… Cette création s’adresse à tout le monde. En tout cas, eux sont super contents et fiers d’être invités et de s’essayer à autre chose… Les réactions négatives vont à l’encontre de la philosophie de découverte du festival! Le dub ce n’est pas que du sound system, il déteint sur tellement de musiques, l’électro, la world, le rock… Je ne suis pas dans une chapelle d’intégristes!

M.E. : Dans un tout autre genre, faire venir samedi le DJ Gilles Peterson qui a des sélections très électroniques et world music, c’est un grand écart avec Danakil là…

F.P. : Oui mais c’est toujours dans ce même esprit de curiosité. Il proposera un DJ set cent pour cent platines et lui aussi est très content d’être là… En tant que programmateur, j’aimerais que le public puisse venir au Télérama Dub les yeux fermés, en nous faisant confiance avec cet esprit curieux de découverte comme on peut le faire lorsqu’on va aux Transmusicales de Rennes par exemple…

M.E. : Un mot sur Lee « Scratch » Perry. Le programmer quand on connaît la folie du personnage, c’est toujours un peu risqué non? Est-ce qu’il a des consignes?

F.P. : Non non il a carte blanche! J’ai eu de très bons échos de ses derniers concerts cet été. C’est vrai que c’est risqué mais on ne l’a jamais fait venir. Cette année c’était l’occasion! C’est un personnage, une figure incontournable du dub… Il est très superstitieux et comme il a 77 ans cette année, on verra ce que ça va donner, suspens… On prie! (rires)

Lee Perry, le "crazy upsetter" et pionnier du dub jamaïcain sera sur scène samedi 23 novembre.

Lee Perry, le « crazy upsetter », pionnier du dub jamaïcain, sera sur scène samedi 23 novembre. Un événement!

M.E. : Sur les deux dates parisiennes de ce week-end, quels artistes avez-vous le plus hâte de voir en live?

F.P. : Beaucoup… Je dirais The ORB feat. Lee Perry, la création de Vibronics et Brain Damage qui viendront avec leurs chanteurs Parvez et Madu Messenger, la création Dubakill, la rencontre entre l’ancien Adrian Sherwood et le jeune Pinch… Il y a aussi Dub Colussus vendredi qui promet.

M.E. : C’est l’un des rares groupes programmés que je ne connais pas du tout…

F.P. : C’est un groupe anglo-éthiopien qui fusionne la musique éthiopienne traditionnelle, le jazz, le dub et le reggae. Cela donne une sorte d’ethno transe, c’est assez étonnant!
Au rayon des curiosités, il y a aussi samedi le Gentleman’s Dub Club! Apparemment ils ont fait un carton au festival Outloook cet été. C’est un band anglais de reggae/dub/ska, les gars sont tous en costards, ce qui donne un petit côté Specials (fameux groupe de ska anglais formé en 1977 NDLR).

« Les fans de dub sont des oiseaux de nuit »

M.E. : La soirée du samedi 23 affiche déjà complet. Il n’y aura pas de ventes sur place?

F.P. : C’est complet de chez complet! Il n’y aura aucune vente sur place et pas non plus de réouverture de billetterie. Les 3000 places sont vendues. *

M.E. : Comment expliquez-vous cet engouement si rapide pour la soirée de samedi?

F.P. : Ce n’est pas si rapide que ça, c’est complet depuis deux semaines mais les places sont en vente depuis le mois de juillet! Après je crois que le côté « toute la nuit » plaît beaucoup aux gens. Les fans de dub aiment la nuit, ce sont des oiseaux de nuit! Comme l’an dernier, la soirée va basculer de la Nef vers deux autres salles jusqu’à l’aube. C’est l’aspect festif du truc qui attire beaucoup mais comme la grosse émergence de la culture sound system ou la popularité de Stand High qui fait une musique complètement à part…

M.E. : Vous avez écrit récemment dans Télérama que la scène française « avait du mal à se renouveler ». Qu’entendiez-vous par là?

F.P. : C’est vrai! Il y a beaucoup de groupes dont la musique ressemble trop à ce qui se fait déjà… Je reçois tellement d’albums qui ne sont des pâles copies d’High Tone… Seuls quelques trucs ressortent du lot comme Stand High par exemple. Quand vous écoutez leur titre Unemployed, vous vous dites « c’est fou cette chanson a l’air simple mais ne ressemble à aucune autre ». Elle mélange le reggae au dub avec des percussions, un côté new wave aussi…

« Réveillez-vous les jeunes dubbers! »

M.E. : On a pourtant des petits nouveaux présents pour cette édition comme Ackboo* ou Panda Dub mais ils font du live machine, pas des lives « instrumentaux »…

F.P. : Oui mais l’an dernier par exemple, on avait fait venir Orfaz, une formation live originale qui fait un dub et un dubstep accessible… Pour dire que c’est encore possible de créer comme l’ont fait les groupes précédents qui avaient tous leur propre personnalité! Réveillez-vous les jeunes dubbers français! De l’audace, de l’audace! Notamment en live oui! Il ne faut pas que ça fasse comme le blues ou le reggae qui ont beaucoup de mal à se renouveler… Le dub est un champs d’exploration extraordinaire, il faut en profiter!

Fred Péguillan est aussi « selecta » à ses heures sous le nom de Travis Bickle. Photo : Culture Dub.

M.E. : Un Télérama Dub Festival #12 est-il déjà dans les cartons?

F.P. : Oui oui, il y en aura un c’est sûr à moins qu’une bombe atomique ne ravage la terre! On a déjà des idées de programmation. Pour le côté création, je pense notamment à un spectacle qui mêle le dub et la danse qui pourrait être intéressant… On a envie de faire venir un groupe japonais aussi… A suivre!

M.E . : Déjà 11 ans… Jusqu’à quand ce festival peut-il durer?

F.P. : Cela ne va pas plaire à ma femme mais jusqu’à ma mort! (rires)… Non je n’en sais rien, ça durera le temps que ça durera. Tant que je trouverai des artistes intéressants et surtout, tant que le public sera réceptif!

Recueilli par Musical Echoes. 

Voir le site du Télérama Dub Festival ici : http://www.teleramadubfestival.fr/

*Billetterie : Complet pour  soirée du 23/11. En revanche, il reste des places pour la soirée du 22/11 ainsi que quelques pass pour les deux soirées ici : http://www.digitick.com/ext/billetterie4/index.php?p=103&final=true

*Jeudi 21 novembre, retrouvez ici même l’interview exclusive d’Ackboo qui sera sur la scène du Centquatre vendredi 22 novembre dans le cadre du Télérama Dub Festival. 


Le programme détaillé du festival à Paris ici : 11227_756270864388814_342724482_n

Un morceau de Panda Dub ici : 

Un morceau de Dub Colossus ici : 

Un morceau de Gentleman’s Dub Club (live) ici : 

Un morceau de Junior Cony feat. Shanti D : 

9051-telerama-dub-festival-du-22-et-23-570x0-1

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s